Natalia Smolianskaia

May 25 to June 1

 

Le carnet d’une écolière moscovite  / A Moscow Schoolgirl’s Diary

 

suite / continuation

Depuis un an et demi je lis le carnet intime de ma mère, je la reconnais à travers ses doutes et ses impressions…

 

Les cahiers de son carnet ressemblent à des wagons et ma lecture ressemble à un voyage dans le train, ces voyages sont très longs en Russie… Le carnet de ma mère compte les jours comme le chemin compte des vues dans les fenêtres du train.

D’ailleurs, dans son carnet ma mère décrit souvent ses voyages, de Moscou à Voronezh, de Voronezh à Borisoglebsk, de Borisoglebsk à Moscou… Premièrement, il faut prendre les billets, c’est une aventure, entre deux villes, Voronej et Borisoglebsk la distance est courte, mais il leur a fallu, à cette écolière moscovite et à sa grand-mère, prendre trois trains différents, attendre chaque fois, puis trouver une place pour s’asseoir dans le train, plus de deux jours… Et pendant la guerre, le chemin de Moscou à Tachkent a pris un mois… Des arrêts innombrables, le sommeil sans souvent pouvoir s’allonger, l’attente, l’inquiétude, qu’est-ce que les attend à la fin…

Des arrêts. Le long du train, face à face des fenêtres, on les attend, avec des pirozhki, des pommes de terre, depuis ça ne change presque pas, le train avance, je regarde par la fenêtre…

 

Je regarde les fenêtres et vois filer des reflets des trains, j’entends un bruit presque régulier..

 

For a year and a half I have been reading my mother’s diary, I recognize her in her doubts and impressions …

 

The notebooks from her diary are like carriages, and the reading itself is like a train journey, train journeys in Russia happen to be so long … My mother’s diary counts the days like the road counts landscapes in the windows of a train.

In her diary, my mother describes her travels – from Moscow to Voronezh, from Voronezh to Borisoglebsk, from Borisoglebsk to Moscow …

First, it was necessary to take a ticket, a whole gamble, between two cities, Voronezh and Borisoglebsk, a very small distance, but they, a Moscow schoolgirl and her grandmother, had to change three times, each time wait at the station, then look for places to sit in a carriage, two days in a row. And during the war, the road from Moscow to Tashkent took a whole month … Countless stops, sleeps without a chance to lie down, anticipation, excitement about what awaits them.

 

Stops, along the train, face to face to the windows, waiting for them, with pies, potatoes, this does not change, the train goes ahead, I look out the window …

May 18 to May 28

Le carnet d’une écolière moscovite  / A Moscow Schoolgirl’s Diary

Depuis un an et demi je lis le carnet intime de ma mère. Elle s’en est allée il y a maintenant presque quatre ans et a écrit dans son testament qu’elle me laissait ses carnets qu’elle avait écrits entre juin 1939 et 1947, je ne les avais jamais vus avant. Il m’a fallu du temps pour les lire, 17 cahiers différents, petits et plus grands, épais, fins, jaunis… 

On y trouve des fleurs, des lettres, des voyages, j’y vois des fenêtres passées par les fenêtres du train, des fragments de vie bien connus et lointains.

J’ai fait une carte d’après ces carnets : le bonheur, là, rien de nouveau, toujours le jardin, seulement très précis. L’août 1939, la petite ville sur la rivière Vorona, Borisoglebsk, une maison de bois et un jardin, l’oncle Kolia, qui jouait dans sa jeunesse dans un théâtre amateur, les journées entières dans ce jardin où le soleil passe à travers le feuillage…

Un autre arrêt : Moscou, les ami(e)s, aller acheter du pain sur la rue Gorki, aller aux bains avec sa mère pour parler des collègues qui sont poursuivis et de leurs arrestations , mais aussi aller se promener avec des copines

Et puis, la guerre, des lettres, l’attente, le pain, l’amour…

Mais je voudrais commencer par bonheur, sur ce cahier elle a écrit : « l’été le plus heureux de ma vie »

A travers ma fenêtre le rayon de soleil de cet été me rejoint…

A Moscow Schoolgirl’s Diary

For the past year and a half, I have been reading the diary of my mother. She passed away already four years ago and left me the diaries that she kept between June 1939 and 1947. I had never seen them before. It took me time to read them all, 17 notebooks of different formats, small, large, thick, thin, yellowed.

There are flowers, letters, travels nested in them; I look at the windows in the windows of trains, the fragments of such a familiar and distant life.

I made a map, guided by these diaries: there was happiness, symbolized by a garden, so nothing new there, however, that garden had an address. August 1939, Borisoglebsk, a small town on the Vorona River, a wooden house and a garden; uncle Kolya, who played in an amateur theatre in his youth, my mother spending all days long in the garden with the sun shining through the foliage.

A new stop: Moscow, friends, girlfriends, she goes to buy bread on Gorky Street, then to the public baths with her mom to discuss the arrests of her colleagues with her, then for a walk with her girlfriends…

But I would like to start with happiness, on that notebook cover she wrote, “the happiest summer”.

A ray of sunshine from that summer catches me in my window.

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