Natalia Smolianskaia

Le carnet d’une écolière moscovite  / A Moscow Schoolgirl’s Diary

Depuis un an et demi je lis le carnet intime de ma mère. Elle s’en est allée il y a maintenant presque quatre ans et a écrit dans son testament qu’elle me laissait ses carnets qu’elle avait écrits entre juin 1939 et 1947, je ne les avais jamais vus avant. Il m’a fallu du temps pour les lire, 17 cahiers différents, petits et plus grands, épais, fins, jaunis… 

On y trouve des fleurs, des lettres, des voyages, j’y vois des fenêtres passées par les fenêtres du train, des fragments de vie bien connus et lointains.

J’ai fait une carte d’après ces carnets : le bonheur, là, rien de nouveau, toujours le jardin, seulement très précis. L’août 1939, la petite ville sur la rivière Vorona, Borisoglebsk, une maison de bois et un jardin, l’oncle Kolia, qui jouait dans sa jeunesse dans un théâtre amateur, les journées entières dans ce jardin où le soleil passe à travers le feuillage…

Un autre arrêt : Moscou, les ami(e)s, aller acheter du pain sur la rue Gorki, aller aux bains avec sa mère pour parler des collègues qui sont poursuivis et de leurs arrestations , mais aussi aller se promener avec des copines

Et puis, la guerre, des lettres, l’attente, le pain, l’amour…

Mais je voudrais commencer par bonheur, sur ce cahier elle a écrit : « l’été le plus heureux de ma vie »

A travers ma fenêtre le rayon de soleil de cet été me rejoint…

A Moscow Schoolgirl’s Diary

For the past year and a half, I have been reading the diary of my mother. She passed away already four years ago and left me the diaries that she kept between June 1939 and 1947. I had never seen them before. It took me time to read them all, 17 notebooks of different formats, small, large, thick, thin, yellowed.

There are flowers, letters, travels nested in them; I look at the windows in the windows of trains, the fragments of such a familiar and distant life.

I made a map, guided by these diaries: there was happiness, symbolized by a garden, so nothing new there, however, that garden had an address. August 1939, Borisoglebsk, a small town on the Vorona River, a wooden house and a garden; uncle Kolya, who played in an amateur theatre in his youth, my mother spending all days long in the garden with the sun shining through the foliage.

A new stop: Moscow, friends, girlfriends, she goes to buy bread on Gorky Street, then to the public baths with her mom to discuss the arrests of her colleagues with her, then for a walk with her girlfriends…

But I would like to start with happiness, on that notebook cover she wrote, “the happiest summer”.

A ray of sunshine from that summer catches me in my window.

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